Jacques Coeur par Roland Narboux - site officiel sur Jacques Coeur

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Le texte complet de la conférence sur Jacques Coeur par le professeur Robert GUILLOT



 

 

 Parmi les mille et unes activités de Jacques Coeur, l'une est peu connue et assez intéressante, puisqu'il s'agit de l'exploitation des gisements de plomb argentifère dans la réfion Lyonnaise, dans les monts du Forez.

Tout commence vers 1444, alors que l'argentier du roi va bien, et son activité va dans tous les sens avec tous les bonheurs. Il est vraiment un des éléments essentiels de la politique du roi.

Aussi Charles VII le 24 juillet 1444 signe à Montargis des lettres patentes (qui sont enregistrées le 8 août à la chambre des comptes) qui

"lui concédent le revenu de son droit régalien d'un dixième des métaux extraits et affinés en certaines mines de plomb, d'argent et de cuivre en Lyonnais et en Beaujolais".

Le bail était de 12 ans, contre une redevance annuelle de 200 livres tournois.

 

Ces mines avaient fonctionné, mais avec les désordres (Praguerie, Ecorcheurs ...) elles n'étaient plus en exploitation. A cette époque, le roi avait besoin de restaurer l'Etat et la monnaie, et pour obtenir une monnaie saine, il était nécessaire de posséder du bon métal. D'autres pensaient la même chose, avec les progrès techniques, les exploitations des mines, même, dans des conditions difficiles se développaient. Et Jacques Coeur, une fois encore fut dans ce mouvement. Il donne une forte impulsion à ces exploitations.

Jacques Coeur va exploiter des mines que l'on va appeler pour simplifier "les mines de Pampailly", car cette petite montagne située à une altitude de 519 mètres est la plus importante, mais il y a plusieurs autres lieux.

Tous sont situés au sud de L'Arbresle et de Tarare, à 25 kilomètres à l'ouest de Lyon.

Il s'agit d'une galène argentifère, (dans une gangue de quartz), c'est à dire un sulfure de Plomb de type PbS. Le problème de base, c'est la faible teneur d'argent largement au-dessous du seuil de rentabilité, il était d'environ 200 g à la tonne alors qu'il faudrait une valeur de 500.

dans cette mine de Pampailly se trouve aussi du cuivre et du fer sous forme de sulfure.

 


Du côté de Pampailly

Pampailly est avant tout une colline qui est sur la commune de Brussieu, elle est à une altitude de 519 mètres, c'est de la petite ou moyenne montagne. Une rivière, Le Cosne contourne la colline à une altitude de 400 mètres et chacun sait que la présence d'eau est très utile dans l'exploitation d'une mine.

Pour les géologues, Pampailly est un ensemble de la série de la Brévenne, " un ensemble volcano-sédimentaire d'âge dévonien remontant à 300 millions d'années ".
Des fouilles ont été réalisées à partir de 1981.

On trouve ainsi des traces d'exploitation à ciel ouvert à l'époque de la Tène.
Plus tard, Hugues Jossard (1385 -début du XV ° siècle).

Il apparaît selon les textes retrouvés que cette mine a été exploité à partir de 1385 par le fils d'un marchand de l'Arbresle, Hughes Jossard qui se fit donner en récompense de " services rendus " toutes les mines de Brussieu.

Ce monsieur Jossard va acquérir d'autres mines et avec des habitants fortunés de Lyon dont un orfèvre et un changeur et avec eux, fonder une association qui va parfaitement fonctionner jusque vers 1410, date à laquelle une crise frappe la région et pendant une trentaine d'années, la mine de Pampailly sera laissée dans un quasi abandon. Ce Hugues Jossard percevait alors le tier des bénéfices de l'exploitation.

On notera le pouvoir royal à cette époque va faire attribuer au roi le dixième des métaux qui sont extraits des mines du royaume.

A la veille de l'arrivée de Jacques Cœur, il existe trois mines déclarées, qui sont sur cette colline et trois martinets, ce terme étant alors synonyme d'une installation hydraulique de traitement du minerai.

Lorsque Jacques Cœur reprend la mine, le contrat qui le lie alors au roi Charles VII signé en 1444 n'est pas très simple, car si l'Argentier bénéficie d'importants privilèges pour la mise en valeur des mines du Lyonnais, il stipule qu'il doit continuer à ses frais bien entendu le " grand travers-banc d'exhaure " qui avait commencé bien avant lui, et il devenait nécessaire d'investir massivement pour réaliser des travaux importants afin, en particulier évacuer l'eau.

Lorsque Jacques Cœur commence son aventure minière, la galerie du Vernay a une longueur de 30 toises, soit environ 77 mètres, ce qui est relativement faible.
Pourtant une ambigüité subsiste, une sombre histoire de toises qui mérite d'être contée.

La toise utilisée par Dauvet et Pierre Granier était la toise de Lyon de 2,563 m et que la toise royage, elle ne mesurait que 1,96 m.
Donc lorsque l'exploitation se termine, Dauvet mesure 40 toises soir 80 m, alors qu'avec la toise de Lyon, on serait à 116 m, ce qui n'est pas pareil !

Vers le milieu du XV ° siècle, Pampailly est une grande exploitation minière qui a une étendue relativement importante à cette époque. Il s'agit d'un filon d'une longueur de 600 mètres, et Dauvet écrira qu'il y avait un puits, appelé " le Puits du Jour " qui atteignait la galerie à 560 mètres du porche, il était creusé " sur ladite montagne et au plus haut d'icelle ".
La profondeur au niveau du Puits est de 200 mètres.
Il y avait comme le montre la coupe de cette exploitation, deux galeries parallèles dans ce qui est l'axe dit filonien, et la galerie supérieure appelée " le Voyage de Cosne " semble être la plus ancienne et elle sort au jour par un porche.
Les galeries inférieures étaient accessibles par des puits avec de gros problèmes de circulation et d'aérage dans la galerie du Vernay qui sera davantage exploitée à partir de 1454.

Dans les différentes mines de la région, on trouvait des pyrites, du cuivre mais aussi de la galène, les filons étaient parfois très étendus mais d'un volume médiocre. Pourtant les services fiscaux se sont surtout intéressés à la production de minerai pouvant donner de l'argent.

 

 

Enfin après 1444, la mine est reprise par Jacques Cœur lequel levait l'impôt royal sur les mines mais il s'assurait la plus grande partie des bénéfices.

Ces mines avaient fonctionné, mais avec les désordres (Praguerie, Ecorcheurs ...) elles n'étaient plus en exploitation. A cette époque, le roi avait besoin de restaurer l'Etat et la monnaie, et pour obtenir une monnaie saine, il était nécessaire de posséder du bon métal. D'autres pensaient la même chose, avec les progrès techniques, les exploitations des mines, même, dans des conditions difficiles se développaient. Et Jacques Coeur, une fois encore fut dans ce mouvement. Il donne une forte impulsion à ces exploitations.
Jacques Coeur va exploiter des mines que l'on va appeler pour simplifier "les mines de Pampailly", car cette petite montagne située à une altitude de 519 mètres est la plus importante, mais il y a plusieurs autres lieux.

Tous sont situés au sud de L'Arbresle et de Tarare, à 25 kilomètres à l'ouest de Lyon.
Il s'agit d'une galène argentifère, (dans une gangue de quartz), c'est à dire un sulfure de Plomb de type PbS. Le problème de base, c'est la faible teneur d'argent largement au-dessous du seuil de rentabilité, il était d'environ 200 g à la tonne alors qu'il faudrait une valeur de 500.
dans cette mine de Pampailly se trouve aussi du cuivre et du fer sous forme de sulfure.

Cette mine avait une longueur de 600 mètres peut être 1000 mètres à une profondeur d'environ 200 mètres sous le point le plus élevé.
Selon le récit de Dauvet, il y aurait 3 entrées :
- un puits du jour au sommet.
- deux porches de galeries.

La galerie la plus ancienne est celle de Cosne
Une autre appelée " le voyage du Vernay " devait assurer l'exhaure, c'est à dire selon P Benoit, l'évacuation des eaux d'une mine devenue trop profonde.

 

On sait que Jacques Cœur n'avait pas pu achever une galerie qui était nécessaire à l'exhaure, pour cause de dureté de la roche.
Ce ne sera que plus tard que sera repris par un Allemand nommé Smermant.

Par contre l'Argentier avait construit un forge, un habitat et des ateliers.

Ce que sortait Jacques Cœur de sa mine, c'était de l'argent en abondance, mais aussi du plomb et du cuivre noir.

 

Les dernières recherches du " voyage du Vernay "

Dans les années 1980, une équipe de scientifique va se lancer dans la prospection des entrées multiples de la mine et de ce qui s'y trouvait.

Le site était jusqu'alors très mal connu, et la localisation des entrées avait été perdue au fil des siècles. C'est en 1980 qu'une équipe de l'Université de Paris I EHESS, animée par Paul Benoît va travailler dans un premier temps sur les archives, puis sur le terrain avec des prospections financées en grande partie par le département du Rhône.

Pour ces chercheurs, il s'agissait d'étudier une grande mine à la fin du Moyen Age, et en travaillant sur les aspects techniques, et réaliser une expérimentation en archéologie minière et métallurgique, un domaine relativement nouveau en France.

Après des résultats laborieux, en particulier dans les remblais, le Puits du jour fut localisé et la compagnie de recherches minières Asturienne des Mines donna l'emplacement probable du filon, de même les analyses montrèrent la présence de minéraux primaires, galène et chalcopyrite ainsi que leurs dérivés, qui permettaient d'extraire le plomb, le cuivre et surtout l'argent.
Une confirmation fut faite par le Laboratoire de géophysique de Garchy en juillet 1982, avec par prospection électrique l'entrée du porche de Cosne, qui fut l'entrée principale de la mine.

De même le martinet du Vernay et celui de Brussieu furent selon toute probabilité localisés.

C'est alors que fut découverte une nouvelle galerie, celle du Vernay, et des tonnes de pierre et de rochers accumulés depuis deux siècles furent dégagés, parfois à la pioche et à la pelle !
En septembre 1981, une cinquantaine de mètres furent ouverts, puis en avril, après avoir difficilement dégagé un éboulement, ce furent 400 mètres qui furent franchis, avant d'être arrêté par des roches effondrées infranchissables.
La galerie est sinueuse nous disent les scientifiques, et il a été nécessaire de faire 90 stations pour la topographie…
La pente est de 1%, ce qui montre la maîtrise des " maîtres niveleurs " pour atteindre le filon.

Histoire et Archéologie Pr 4° 82 bis - N° 78 de novembre 1983. Paul Benoit