SURVOL D'UNE HISTOIRE DE BOURGES (suite)
Les Romains reconstruiront la cité
qu'ils avaient détruite, et la " Paix gallo-romaine
" durera plusieurs siècles. Ce sera l'époque
des grandes constructions, un Théâtre, situé
sous la place de la Nation, un Capitole, des rues, une Fontaine
monumentale, des sculptures somptueuses et un rempart encore
visible aujourd'hui.
Au IIIe siècle une religion nouvelle
se développe avec saint Ursin qui évangélise
les Bituriges, nouveau nom des habitants de la région.
Les premières Eglises à la Gloire du Dieu nouveau
commencent à s'édifier.
Pourtant, Avaricum ne va pas résister
au Ve siècle à l'arrivée des Wisigoths.
Devenue Bourges, la cité subit des fortunes diverses.
C'est la lutte contre la peste, contre les barbares comme les
Normands, le tout accompagné de famines meurtrières.
Les siècles passent, avec
ce Moyen Age si mal connu. Vers 1180, sous Philippe Auguste,
Bourges construit une nouvelle enceinte, avec une grosse Tour,
haute de 38 mètres et d'un diamètre de 24 mètres.
Il s'agissait de se défendre contre les Anglais qui occupaient
l'Aquitaine, et venaient piller les faubourgs de la Ville.
Les Grandes Heures de Bourges
peuvent se situer à partir de 1195. A cette époque,
le clergé local avait commencé à édifier
une Eglise, les travaux stagnaient et le style de l'édifice
n'était pas très original.... c'était du
" Roman vieillissant ". A Paris, à Chartres,
ou dans la vallée de la Somme, de grandes Cathédrales
se construisaient. L'évêque de Bourges, Eudes de
Sully, décida alors de remplacer l'Eglise Romane dite
Cathédrale Romane existante par une cathédrale
résolument gothique, avec des ogives, des arc-boutants
extérieurs, des fenêtres encore plus ajourées,
c'est le début de la construction de la Cathédrale
de Bourges, sous l'impulsion du Premier Maître Maçon
de Bourges. Ce sera un Chef d'Oeuvre, une des plus belles réussite
du monde occidental.
Au XIVe siècle, le fils de Jean
le Bon devient Duc de Berry. Ce personnage fascinant se révèle
un mécène de qualité. Il fait construire
un Palais, puis une Sainte Chapelle et favorise toutes les formes
d'arts. On lui doit les "Très Riches Heures du Duc
de Berry", une oeuvre unique d'une beauté rare.
C'est le début de la grande Epoque
de Bourges en pleine Guerre de Cent ans. La France est réduite
à une peau de chagrin et le roi Charles VII se réfugie
en Berry. Il devient le "Petit Roi de Bourges". C'est
tout de même lui qui boutera hors de France les Anglais.
Son fils, Louis XI naîtra en 1423 dans le centre ville.
Deux personnages fabuleux apparaissent
à cette époque. C'est d'abord un Berruyer : Jacques
Coeur, c'est ensuite Jeanne d'Arc. Le premier devient un grand
commerçant. Il est l'inventeur des multinationales. Son
Palais qui porte son nom nous rappelle à son souvenir,
c'est le héros berruyer par excellence.
Jacques Coeur devenant le Grand Argentier
du Roi Charles VII, prêtera beaucoup d'argent et.... suscitera
la jalousie de toute une partie de la Cour. Accusé d'avoir,
entre autres méfaits empoisonné la belle Agnès
Sorel, il est arrêté, emprisonné et torturé.
Le Roi, ingrat, ne viendra pas à son secours, mais lui
prendra sa fortune !
Autre figure monumentale de cette époque
: Jeanne d'Arc. Sa vie "publique" ne durera que 2 ans,
et elle passera environ une année en Berry chez "
dame Touroulde ", à Bourges. Puis elle ira délivrer
Orléans et sera capturée quelques mois plus tard.
Le roi, toujours le même, ne fera rien non plus pour la
sauver des flammes.
Autre monarque, Louis XI, n'aura jamais
beaucoup d'égards pour sa ville natale. Il installera
pourtant en 1463, à Bourges, une Université comprenant
cinq sections. C'était moins par amour de la cité
que pour lutter contre la puissance de l'Université de
Paris. Bourges recevra pendant plusieurs siècles les plus
grands esprits de l'Europe. Des Maîtres comme Alciat, Wolmar,
Cujas ou Amyot viendront enseigner dans cette Université.
Le réformateur Calvin sera un temps berruyer, il suivra
des cours à l'Université et c'est sans doute à
Bourges qu'il élaborera sa pensée pour la Réforme.
De nombreux lieux évoquent aujourd'hui encore son passage.
La puissance de Bourges va s'achever
dans les flammes. Le 22 juillet de l'année 1487. Le jour
de la Sainte Madeleine, un incendie gigantesque se déclare,
les maisons de bois ne résistent pas. Attisées
par un vent violent, plus de 2000 maisons auraient été
détruites. Il faudra des siècles pour que les Berruyers
s'en remettent.
Le XVIe siècle est celui de belles
constructions. L'Hôtel des Echevins pour la municipalité
qui avait vu partir en fumée tous ses documents. l'Hôtel
Cujas, datant de 1515, et édifié par un riche marchand
transalpin, mais aussi les chapelles de la Cathédrale,
tout cet apport est placé sous le signe d'une architecture
de style gothique avant de faire place à un style "Renaissance"
lors de la seconde campagne des travaux de l'Hôtel Lallemant,
ce paradis des alchimistes.
Les guerres de religion ne vont pas
épargner Bourges. Une partie des statues de la cathédrale
fut détruite lors d'une incursion des protestants du Comte
de Montgoméry, et certains de ses soudards voulurent même
dynamiter les tours du prestigieux édifice.
Sous le "Grand Siècle"
de Louis XIV, Bourges est de plus en plus pauvre. Les manufactures
ne s'implantent pas et les seuls travaux à retenir concernent
l'édification d'une grande place par un parent de Colbert,
M. Dey de Séraucourt. Il fera faire ce travail en employant
des chômeurs et donnera son nom à l'esplanade.
A cette époque le Palais du duc
Jean tombe en ruine, et le roi fait démolir la Grosse
Tour de Bourges, car il éprouvait quelques ressentiments
après la Fronde de Condé. Quelques constructions
vont survenir, comme le Palais Archiépiscopal, situé
juste en face de la Cathédrale, le Grand Séminaire
et le Couvent des Ursulines.
La Révolution de 1789 arrive.
Les Berruyers voient passer la tourmente. Ils restent calmes
et toujours très "légalistes". Quelques
manifestations très symboliques mais jamais de débordement
marqueront cette période. La Cathédrale ne sera
pratiquement pas abîmée, et la Terreur ne fera à
Bourges que trois malheureuses victimes.
Le temps passera, Napoléon ne
viendra jamais à Bourges, lui qui est passé partout
! et c'est son neveu qui redonnera à la Ville une chance
nouvelle : il amène ce qui manquait : l'industrie. Napoléon
III sera en effet à l'origine de l'installation des Etablissements
Militaires. Le Bourges nouveau date du milieu du XIXe siècle.
C'est donc avec des atouts mitigés
que Bourges aborde le XXe siècle. Une industrie du domaine
militaire s'affirme dans un environnement berrichon resté
très agricole. Plus tard, en 1928, une entreprise de production
d'avions s'implante, elle deviendra Aérospatiale, une
des toutes premières firmes de fabrication de missiles
avec les célèbres Exocet ou les missiles nucléaires.
La guerre de 14/18 fera de la cité,
un point stratégique important par la présence
des fabrications d'armements, la ville comprend alors 100 000
habitants, et la présence toute proche de la base aérienne
d'Avord.
L'entre-deux guerres sera l'époque
des grandes constructions, Bourges s'éveille.
La triste période de 1940 place
la cité en zone occupée, à deux pas de la
ligne de démarcation. C'est le temps du " Franciscain
de Bourges ", ou des maquis du colonel Colomb, alors que
se déroulent des drames comme les puits de Guerry avec
le sinistre Paoli.
Depuis un demi-siècle, les responsables
locaux modifieront constamment la ville, tout en respectant son
patrimoine. Des monuments seront restaurés, d'autres construits
avec une fonctionnalité nouvelle. Pendant tout ce temps
apparaissent un muséum, une Maison de la Culture, des
stades, une école militaire, et des lieux de culture et
de loisirs, la manifestation annuelle du Printemps de Bourges
en étant le symbole.
Bourges retrouve patiemment son Université,
développe ses atouts culturels et touristiques, et s'ancre
dans la catégorie des villes moyennes, dans lesquelles
il fait bon vivre.
Image culturelle
et environnement de qualité
Bourges, par la grâce de Malraux
dans les années 1960 s'est forgée une image de
belle cité culturelle. La Maison de la Culture fonctionne
encore trente ans après sa création, avec toutes
les formes d'art. Elle a participé à des essaimages,
avec le Printemps de Bourges, prestigieux festival de chansons,
mais aussi l'Institut de Musique Expérimentale, un centre
de recherche musical connu par les spécialistes du monde
entier.
La présence d'une Ecole Supérieure
des Beaux-Arts, et les manifestations qui en découlent,
comme le Festival Bandimage ou les expositions de La Box montrent
la présence de l'art contemporain dans une cité
médiévale.
La culture est multiple et la donation
du peintre Maurice Estève ou les travaux archéologiques
de Jacques Troadec donnent une idée de la variété
des approches du milieu de la culture ou de la recherche.
Le visiteur ou le nouvel arrivant est
généralement surpris par l'environnement de cette
agglomération industrielle. Les zones vertes sont multiples
et d'un accès simple.... après quelques renseignements
auprès des propriétaires. La présence d'un
vaste plan d'eau, de nombreux marais qui enserrent la ville de
Bourges, permettent une oxygénation maximum du citadin.
Des espaces naturels comme la " réserve d'orchidées
" à La Chapelle Saint-Ursin sont assez remarquables.
Le canal de Berry qui traverse Plaimpied, Bourges ou Marmagne
est un atout considérable. La proximité de bois
et chemins sur les communes environnantes comme Le Subdray, Pigny,
Allogny, Vasselay, Trouy, Soye-en-Septaine ou Osmoy est un gage
de promenades agréables à vélo ou à
pied.