Bourges a vu naître des personnages
illustres, des rois et des princes, mais l'homme qui s'identifie
le plus avec sa ville c'est Jacques Cur. Grand Argentier
du roi Charles VII, c'est avec l'argent qu'il prête à
la cour et au roi qu'il permet au " Petit Roi de Bourges
de bouter les Anglais hors de France
En quatre
pages, vous aurez une première vue sur Jacques Coeur,
Grand Argentier du roi Charles VII
UNE JEUNESSE ORDINAIRE
Jacques Cur est né à
Bourges en 1400 dans une maison proche de l'église Saint-Pierre-le-Marché,
rue de la Parerie, où son père exerçait
la profession de marchand pelletier.
Ce père, Pierre Cur, de condition
modeste venu de Saint Pourçain va épouser la veuve
d'un boucher, la dame Bacquelier, ce qui le propulse d'une marche
dans la notoriété, la corporation des bouchers
étant particulièrement puissante.
Le petit Jacques passe sa petite
enfance dans ce quartier de la rue des toiles et de l'Eglise
appelée aujourd'hui Notre Dame, au pied du rempart avant
d'aller habiter à l'angle de la rue des Armuriers et du
Tambourin d'Argent, en face d'une superbe maison appartenant
à la famille de Lambert de Léodepart, le prévôt
de Bourges, " valet de Chambre du duc Jean de Berry ".
C'est à proximité du Palais
du Duc Jean que se déroule l'adolescence de Jacques Cur,
à deux pas de la Sainte Chapelle où il poursuivra
ses études. Le duc Jean de Berry, mécène
et habile homme politique sera un grand bâtisseur, il possèdera
plus de 15 châteaux, c'est un ami des artistes, on lui
doit une des plus belles uvres de la littérature
: les Très Riches Heures du duc de Berry ".
Ce début du XV ième
siècle n'est pas particulièrement réjouissant,
la période est fort tourmentée avec la " guerre
de cent ans ", alors que les épidémies et
la peste sont des maux quotidiens, à cela s'ajoutent les
méfaits des écorcheurs et autres brigands.
Jacques
Cur a 15 ans lorsque se déroule une des plus cuisantes
défaites de l'armée française à la
bataille d'Azincourt, une partie importante de l'aristocratie
est décimée et une part essentielle de la France
passe sous la coupe des Anglais.
Trois ans plus tard, le dauphin, futur
Charles VII quitte précipitamment Paris, chassé
par Jean sans Peur et se réfugie en Berry, devenant "
le petit roi de Bourges ", titre donné avec beaucoup
de dérision.
La présence du dauphin et de la
cour va stimuler la ville sur le plan des échanges et
du commerce.
Très jeune, Jacques Cur
gérera un des douze changes de la ville. Son entrée
dans le monde des affaires se fera avec l'aide de l'épouse
de Lambert de Léodepart, celle-ci ayant été
mariée avec un maître des monnaies de Bourges. Il
commencera un travail de change place Gordaine avec ses associés,
Godard et Ravant le Danois. Bientôt il sera inquiété
pour " falsification " dans les titres des monnaies
frappées..
Il s'en sortira plutôt bien, le roi
Charles VII signant une lettre de rémission, alors qu'il
aurait pu être envoyé dans une basse fosse ou sur
une galère.
LA MONTEE VERS LA PUISSANCE
Jacques Cur devient un commerçant
à une échelle beaucoup plus ample que ses concurrents
français de l'époque. Il rêve sans doute
de rivaliser avec les Médicis de Florence ou les marchands
de Gênes ou de Venise. Son premier voyage dans les pays
du Levant se déroule en 1432, on ne sait pas ce qu'il
a ramené, sinon une stratégie d'approche de ce
commerce. Le retour sera délicat, il fera naufrage au
large de Calvi, fait prisonnier, et rendu contre une rançon
assez faible, ce qui signifie qu'à cette époque
il n'était pas considéré comme un personnage
important.

Il fait construire des navires sur
le modèle des bateaux génois, après en avoir
copié un qu'il avait acheté... ce qui lui vaudra
quelques ennuis.
Marchand mais aussi banquier, armateur,
industriel, maître de mines dans le Forez, il est le contemporain
de Jeanne d'Arc, qui habitera
Bourges en 1429, de Gilles de Rais, et le confident d'Agnès Sorel. Ne dit-on pas que
Perrette, la fille de Jacques Cur accueillait dans son
château, les amours de Charles VII et de la belle Agnès.
Il conçoit des routes, installe des comptoirs pour faire
" commerce avec les infidèles ", créa
une flotte de navires, ses galées, et le négoce
avec le Levant devint plus que prospère.
Il est un " manager " d'une grande
modernité, à la fois Receveur des taxes sur le
sel, Commissaire aux Etats du Languedoc, maître des Monnaies
et Argentier du Roi, il tisse un réseau commercial de
toute première importance, avec Montpellier, puis Lyon,
Avignon, Limoges, Rouen et Paris.
Comme l'écrivent ses biographes,
" Il fut créateur, sans le savoir, des sociétés
multinationales et des entreprises à succursales multiples,
il réussit à stopper la dévaluation de la
monnaie ". Il fut un génial administrateur et un
diplomate dans des situations délicates, fréquentant
les rois, les princes et les papes.
En fait, la fortune du grand argentier
ne serait pas due totalement à la vente de tissus ou de
fourrures aux nobles de la cour, ni dans la fabrication de l'or
à partir de métaux vils comme cela se murmurait
dans les milieux alchimistes. C'était sans doute plus
simple et plus rentable, il " jouait les différences
de cours de l'Or et de l'Argent, entre l'Occident et le Levant.
En occident, le bi-métallisme était
de rigueur, mais il manquait beaucoup d'or, alors que les mines
de plomb argentifère étaient prospères.
Inversement, le Levant " regorgeait d'Or " et la cote
de l'argent était au plus haut. Il devenait alors aisé,
pour un financier un peu aventureux de changer des quantités
d'argent venues d'Occident contre de l'Or.
Jacques Cur est anobli en 1441,
et deux ans plus tard, il acquiert un terrain, pour y construire
une " grant'maison ", ce que nous appelons le Palais.
Les travaux vont commencer assez vite, mais les difficultés
techniques apparaissent, car la construction se fait sur une
partie du rempart gallo-romain.
En 1450, le Palais est presque terminé.
Jacques Cur donne une fête dans la salle des festins,
pour la réception organisée à la suite de
l'accession comme archevêque de Bourges de son fils, Jean.
Ce sera une des rares occasions pour Jacques Cur de profiter
de son palais.
Outre son Palais de Bourges, le grand Argentier
acquiert moult maisons, châteaux et propriétés
en Berry comme dans l'ensemble du pays. La " route touristique
Jacques Cur " permet de se promener à Ainay-le-Viel,
ou encore à Menetou-Salon, deux châteaux acquis
par Jacques Cur, et sur les terres de ce dernier, il avait
des vignes donnant un excellent vin pour l'époque. Plus
loin, il aura une loge de marchands à Montpellier, une
autre à Tours, alors que le château de Boissy, proche
de Roanne devait être une étape entre Bourges et
le midi.
En 1450, il est au sommet de son art, il
a construit un palais, il gagne beaucoup d'argent, et le roi
Charles VII, comme une grande partie de la cour lui doivent de
l'argent, beaucoup d'argent !
LA CHUTE
Alors que tout va bien, semble-t-il,
Jacques Cur est arrêté sur l'ordre du roi
Charles VII le 31 juillet 1451 au château de Taillebourg.
Il est emprisonné pour une dizaine de motifs plus ou moins
sérieux.
Il a fait beaucoup de jaloux, et ne dit-on
pas cette formule qui ne devait pas faire très plaisir
à Charles VII : " Le Roi fait ce qu'il peut, Jacques
Cur fait ce qu'il veut ". Il était devenu l'égal
des " grands " du royaume, paradant à Rouen
en 1449 avec le roi et les hauts dignitaires !
Les accusations et les procès
de l'époque sont caractéristiques : on ne badine
pas avec les aveux. Torturé et soumis à la question
il avoue tout ce que veulent ses détracteurs, et il est
condamné à mort le 23 mai 1453.
Il va finir sa vie aventureuse comme
dans un roman de cape et d'épée. Il s'évade
de sa prison de Poitiers, avec l'aide de ses amis, et par le
canal des couvents dont celui de Beaucaire, il rejoint Rome et
le Pape, affrète une flotte au nom de son illustre hôte,
et s'en va combattre les infidèles. Il meurt le 25 novembre
1456 sur l'île de Chio, sans doute lors d'un combat naval
avec les Turcs.
Son corps sera enterré dans le couvent
des Cordeliers, et les restes seront dispersés par un
tremblement de terre pour les uns, par des pillages et destructions
des infidèles pour les autres.
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