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![]() article de J.Y ARTERO |
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L'HOMME AUX YEUX D'EMERAUDE, UN ROMAN HORS DU TEMPS
Oui, ce livre magnifique est bien plus qu'un roman historique. Certes Joëlle Pellerin Oldenbourg connaît admirablement la vie et l'uvre de son héros, Jacques Cur, grand argentier de Charles VII. Elle nous démontre avec bonheur les étapes d'une "irrésistible" ascension, de la capitale du royaume d'alors, Bourges, au cur de la France, jusqu'à cet Orient à la fois proche et lointain. Jacques Cur capitaine d'industrie, amiral d'une flottille de galées marchandes, puis d'une flotte guerrière papale, en quête d'une ultime croisade contre les infidèles.
Toujours avec le même souci de scrupuleuse pertinence, voici maintenant décrite la fuite de Jacques, après qu'il eût connu les affres de l'emprisonnement, de la question, de la confiscation de ses biens et du déshonneur jeté sur sa famille. Enfin sa fin présumée, solitaire, en l'île méditerranéenne de Chio. Et certes, sous la plume de Joëlle, ce financier prend chair, et vie, avec son ambition sans faille, ses imprudences aussi, et enfin ses superbes amitiés : la sulfureuse Dame de Beauté Agnès Sorel, mais aussi la reine Yolande, le bon roi René d'Anjou, enfin le pape Calixte troisième, qui lui gardera sa confiance jusqu'à la fin. Vous avez dit fin ? Mais non, le mystère commence, toute cette existence en est comme baignée, témoignant d'une époque pour beaucoup légendaire, où sans doute Maître Jacques a financé la guerre de Cent Ans contre les Angles, mais aussi vécu la splendide épopée de Jeanne d'Arc. En ce temps là, le naturel côtoyait sans heurt le surnaturel, et Jacques Cur était bien de ce temps. Il fut très certainement alchimiste, recherchant moins avec la pierre philosophale la richesse additionnelle qu'elle pourrait lui procurer que la confirmation sans équivoque de ses certitudes intimes, et disons le, de sa foi. Ce dévot avéré fut-il aussi fidèle en amour quen amitié ? Son épouse Macée de Léodepart eut-elle à souffrir dune passion de son mari, celée aux yeux des hommes ? « Cuer damour épris », rêva-t-il à une belle astrologue aux yeux violets ? Catherine de Salon, puisquil sagit delle dans ce livre, imaginaire à nen pas douter, représente-t-elle « la Dame » archétypale qui personnalise la quête du chevalier tout autant que de l hermétiste ? Le couple romancé Jacques-Catherine symbolise-t-il lalliance traditionnelle entre alchimie et astrologie ? Au lecteur den juger, mais quil en soit conscient, le mystère ici et maintenant lentoure de toutes parts. Jacques Cur de toute façon était certainement « amoureux » dune sainte, autre que Jeanne, une sainte égyptienne, Catherine dAlexandrie. En la cathédrale de Bourges, de son vivant à lui, il la fait représenter. Plusieurs années après, a-t-il délibérément choisi de faire un pied de nez à lHistoire en mourant le jour même de la fête de cette sainte ? Mort en île lointaine, mort en Grèce ? Joëlle pense avoir découvert des signes probants de son retour final dans la Provence de ses racines, puisque sa famille serait originaire de Cuers, dont il porte le nom. « Pourquoi, blessé, diminué, serait-il allé se réfugier, pour fuir les Turcs, sur lîle de Chio, juste en face dIzmir. Il était assez fin diplomate pour ne pas aller se jeter dans la gueule du loup ottoman. » Mystère encore et toujours, cinq siècles plus tard, Laura, la bien nommée, et Phil, que jappellerai le sage, remettent leurs pas dans ceux de largentier. Au fait, devinez la couleur de leurs yeux ? Mystère des vies successives, allusivement et poétiquement évoqué par lauteur ! Jacques et Catherine se létaient promis : « Rien ni personne ne pourra jamais nous séparer ». Et leur amour, ils le situaient, ils le situent, oserai-je écrire à mon tour, bien au delà même de la mort des corps. « Quand la roue de la vie tournera, celle que jaime maimera. » Jacques Cur a-t-il vraiment gravé ces mots sur la petite roue de bois trouvée dans le coffret contenant les reliques de Sainte Catherine dans sa sacristie privée de la Cathédrale Saint Etienne ? Nen doutons pas, la quête de lInfini réunit ceux qui saiment. « Je tai aimé(e), je t aime, je taimerai, jusquà ce que les étoiles fécondes embrasent nos deux âmes et les fondent dans locéan déternité ». La grande question est donc bel et bien posée : si la mort est dans la vie, linverse aussi nest-il pas vrai ? Et lamour ne transcende-t-il pas le tout ? Jacques Cur est-il mort en fait ? Joëlle ne se prononce pas sur ce point, moi, je ne le crois pas. Catherine non plus nest pas morte. Comme lor véritable, dans ce livre, ami lecteur, lamour y vit. Cest en cela surtout, et parce quil faut bien conclure, que Jacques Cur est, selon lheureuse expression de Christiane Palou, non seulement un grand argentier, mais aussi et dabord un « maître secret ». Jean Yves Artéro En savoir plus sur les livres de Joëlle sur Jacques Coeur : INSTITUT KHEPERA |